À la fois bergère et artiste, Orla Barry est une femme doublement aux aguets. Du « monde des moutons », elle a appris au quotidien son métier agricole tout en alimentant, en parallèle, sa pratique artistique. Ce statut hybride d’artiste-bergère se traduit d’ailleurs dans son oeuvre par les matériaux (laine brute ou feutre), les objets (houlettes) ou les situations (ventes aux enchères, concours de pedigree) qu’elle extrait de l’environnement rural de sa ferme irlandaise. Depuis 2011, c’est là-bas qu’elle élève son cheptel de Lleyn, une race originaire du Pays de Galles dont elle préserve soigneusement le pedigree comme un précieux patrimoine. Dans ce milieu masculin, Orla Barry fait néanmoins figure de rebelle, refusant d’être « genrisée » par ses pairs, tout en confessant assumer aussi sa féminité. Selon sa propre formule, l’artiste-bergère se voit plutôt comme une Bo-Peep punk, contestataire face aux normes patriarcales et réfractaire de surcroît à la connotation hippie qu’un tel « retour à la terre » revêt dans l’imaginaire de la contre-culture. Aux aguets dans ce milieu prédateur, aidée par sa sensibilité féministe, Orla Barry développe surtout cette vigilance à l’endroit du langage, premier véhicule des stéréotypes construisant nos identités ; songeons au façonnage et à la transmission de la représentation de la femme par la culture populaire.

Inspiré par la tradition des contes oraux qui se déforment au gré des narrations et des époques, le titre de son exposition au MACS, Shaved Rapunzel & La Petite Bergère Punk, renvoie à deux stéréotypes de la féminité auxquels Orla Barry tord le cou : Raiponce, figure de la femme cloîtrée, et Little Bo-Peep, cliché de la petite bergère surveillant ses agneaux. Réunissant un ensemble d’oeuvres récentes, le parcours s’ouvre par Spin Spin Scheherazade (2019), installation récemment intégrée à la collection du MACS. Activable sous forme d’une performance, cette oeuvre consiste en une suite de récits qui renvoient le public à divers épisodes de la vie « pastorale » de l’artiste en s’enchâssant les uns dans les autres au fil d’une narration aléatoire, à la manière des Contes des Mille et Une Nuits. Sensible à la réalité sociale, écologique et économique de son activité, Orla Barry intègre également à l’exposition plusieurs oeuvres narratives dont les incarnations passent par des supports plus matériels : les châssis triangulaires enfermant les mots ShepherdScavenger et Slave, le pull d’Aran où est imprimée une histoire témoignant de l’effondrement du marché de la laine (The Wool Merchant’s Calculator & The Curator’s Jumper, 2022), la planche de platane sur laquelle est calligraphiée la description des soins apportés à un animal (Songwood, 2022), ou les feutres en laine où sont inscrits dans la masse quelques mots et phrases tirés du vocabulaire de l’artiste (Shearling Felts, 2023-2024).

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